(Photo - Carla
del Ponte and Hassan Bubacar Jallow, New Prosecutor of the International
Criminal Tribunal for Rwanda)
Comment Paul Kagame a saboté le travail de Carla del Ponte.
Dans une interview au quotidien italien La Republica, Carla del Ponte dira
avoir été menacée pour ses enquêtes au TPIR par le chef de l’Etat rwandais.
Interrogée sur le malaise et la nervosité de Kagame à propos des crimes commis
par l’APR, qu’il dirigeait en 1994, Carla del Ponte nous a raconté : « Lorsque
nous avons commencé à mener nos enquêtes sur l’APR, nous nous sommes demandé
s’il était nécessaire d’informer le gouvernement du Rwanda. Après réflexion,
nous avons décidé qu’il fallait non seulement avertir le gouvernement de nos
investigations mais qu’il fallait surtout essayer d’obtenir sa collaboration
dans ces investigations. J’ai donc décidé de rencontrer le président Kagame à ce
propos. […] Je dois préciser que nous avions identifié treize sites
correspondant à des lieux où des crimes avaient été commis par l’APR. Parmi ces
sites, nous avons choisi de travailler sur deux sites importants où nous avions
recueilli le plus d’indices concrets et d’éléments de preuve.
Lors de notre première rencontre, le président Kagame m’a assurée de sa
coopération en me disant qu’il demanderait à l’auditeur militaire de coopérer
avec nous. A mon grand étonnement, lorsque j’ai rencontré l’auditeur militaire,
il semblait me dire qu’il n’était pas sûr que le président Kagame avait vraiment
accepté une quelconque coopération avec le TPIR à propos de nos enquêtes portant
sur l’APR. Après plusieurs mois de silence, je suis repartie à Kigali pour
rencontrer le président Kagame. Je me souviens bien qu’il avait demandé à
l’auditeur militaire d’être présent à notre entretien. Le procureur rwandais M.
Gahima était également venu.
J’ai à nouveau
fait état du manque de coopération du Rwanda par l’intermédiaire de l’auditeur
militaire à nos enquêtes sur l’APR. Dans une attitude assez catégorique, le
président Kagame a dit à la fois à l’auditeur militaire et au procureur Gahima
de coopérer avec le TPIR. En sortant de cette rencontre, je croyais que les
obstacles étaient levés. J’avais même envoyé une requête écrite à l’auditeur
militaire. Malheureusement, il n’y a plus eu de suite. Nous avons naturellement
continué nos enquêtes à l’étranger.
J’ai recueilli des preuves suffisantes sur les crimes commis par l’APR mais
j’avais aussi besoin de poursuivre mes investigations sur le territoire rwandais.
J’ai donc demandé une troisième rencontre avec le président Kagame. Lors de
cette nouvelle entrevue, son attitude a complètement changé. Il m’a clairement
dit que ce n’était pas ma tâche de conduire les enquêtes sur l’APR.
(Photo - Security Council meeting)
Par conséquent, je réaffirmai mon intention
de continuer à enquêter sur l’APR ». Dès cet instant, Carla del Ponte devient
l’ennemie jurée du chef de l’Etat rwandais. L’entêtement du procureur à conduire
un travail impartial sera perçu comme un défi, un affront insupportable à celui
qui n’a jamais hésité à faire assassiner ou à emprisonner ceux qui lui tiennent
tête. […] Comment les ennemis de Carla del Ponte vont-ils se manifester ? Le
procureur raconte ainsi les premiers coups tordus de Kigali : « Je me souviens
bien qu’on a immédiatement commencé à avoir des problèmes dans nos procès à
Arusha. Nos témoins ne pouvaient plus venir du Rwanda, certaines lois ont été
modifiées par le gouvernement rwandais. Les difficultés devenaient trop
nombreuses. Naturellement, personne ne m’a dit que c’était à cause des enquêtes
spéciales contre l’APR. J’ai quand même bien compris qu’elles jouaient
évidemment un rôle non négligeable dans tout ce qui nous arrivait. Comme les
ennuis s’accumulaient et que la situation ne se débloquait pas, j’ai dit à la
présidente du TPIR, Mme Nevanethem Pillay qu’il devenait urgent d’aller devant
le Conseil de sécurité pour expliquer la situation ».
Kofi Annan a empêché Carla del Ponte
de poursuivre les criminels du FPR .
La Suissesse avait mis la main sur un autre dossier gênant
qui montre indiscutablement que les extrémistes tutsi de l’APR ont commis des
crimes atroces au cours de l’année 1994. Ce dossier communément appelé « rapport
Gersony » a été rédigé par un expert américain mandaté par l’ONU. Une fois
achevé, ce rapport a été remarquablement étouffé par le gouvernement Clinton.
[…] Soucieux d’en savoir davantage sur le rapport Gersony et sur l’étrange
comportement de l’ONU et des Etats-Unis devant les crimes contre l’humanité
commis en 1994 par l’APR, nous avons demandé des détails à Mme Carla del Ponte.
Son témoignage est stupéfiant : « Ce que je peux dire est que le fameux rapport
Gersony est très important. Nous l’avons retrouvé et il est aujourd’hui dans les
dossiers du TPIR. Il y a tout de même une lettre de quelqu’un qui nous a fait
croire que ce rapport n’avait jamais existé. Nous avions surtout retrouvé M.
Gersony, l’auteur dudit rapport. Il nous avait avoué que son rapport existait
bel et bien.
Un jour, nous avons reçu un document expurgé qu’on nous a présenté comme étant
le rapport Gersony. Nous avons finalement interrogé M. Gersony. Il était prêt à
répondre à nos questions, mais il lui fallait une autorisation de l’ONU. L’ONU
lui a malgré tout refusé l’autorisation de nous parler. Nous avons tout fait
pour obtenir le droit d’entendre M. Gersony. On nous a dit non. J’en ai
parlé personnellement au Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Mais
il n’y avait rien à faire. C’était non !
Comment comprendre que c’est l’ONU qui refuse que le TPIR recueille le
témoignage d’un homme qui a enquêté sur les crimes de l’APR en 1994 ? ». En
définitive, rien ne justifie l’absence de l’APR dans le box des accusés du TPIR.
Accusée par Kagame de « mettre sur un même pied d’égalité les présumés
génocidaires et les gens qui ont arrêté le génocide » par le ministre rwandais
de la Justice, M. Jean de Dieu Mucyo, Carla del Ponte précise : « Vous savez,
Kagame a aussi dit cela à maintes reprises. Il me l’a d’ailleurs répété. En
réalité, je ne suis pas là pour faire une évaluation politique. Je ne mets
personne sur le même niveau. Je travaille sur la responsabilité personnelle et
je traduis en justice ceux contre qui j’ai des preuves. Mais, enfin, qu’est-ce
que ça veut dire mettre ‘‘sur le même pied d’égalité ?’’. Je n’ai jamais compris
ce que cela signifie vraiment. Car le mandat du Conseil de sécurité ne fait pas
de distinction entre les criminels. Ce mandat n’a jamais dit qu’il fallait
mettre en accusation seulement les Hutu pour le génocide du Rwanda. Le mandat
dit clairement que chaque Rwandais coupable de crime en 1994 doit être poursuivi
par la justice internationale. Les preuves que j’ai recueillies sur l’APR ont
été remises à mon successeur, le nouveau procureur Hassan Bubacar Jallow. C’est
à lui de continuer le travail »1.
A vrai dire, le procureur gambien, Hassan Bubacar Jallow, n’a pas été nommé pour
poursuivre le travail initié par Carla del Ponte, même s’il voulait donner
l’impression qu’il était ouvert à tout dialogue. Le 17 janvier au cours d’un
entretien à Radio France Internationale, il n’a pas hésité à dire que son mandat
ne lui permettait pas d’engager des poursuites contre l’APR. Sa position est
donc claire …et l’ONU laisse faire.
Le rapport de la CIA qui accuse la France dans l’attentat du 6 avril
1994
Voici comment la CIA a remis un rapport erroné à
l’ancien Premier ministre Jean Kambanda pour brouiller les pistes et
compromettre la France dans un attentat terroriste. C’est en novembre 1994,
lorsque le gouvernement intérimaire prend le chemin de l’exil vers l’Est du
Zaïre, que des agents de la CIA entrent en contact avec l’ambassadeur du Rwanda
à Ottawa (Canada), le docteur Ségasayo. Ils lui demandent de servir
d’intermédiaire entre eux et Jean Kambanda. Ils savent que l’ambassadeur
rwandais est très proche du Premier ministre et qu’il facilitera la prise de
contact. L’accès à Jean Kambanda ne se fait cependant pas sans difficulté car il
se trouve dans les camps de réfugiés installés à Bukavu, dans le sud-Kivu (Est
du Zaïre). Les agents de la CIA se font alors passer pour des hommes d’affaires
américains qui veulent organiser un voyage avec le Premier ministre rwandais aux
Etats-Unis. […] Jean Kambanda se résout à effectuer le voyage non sans se
demander pourquoi tant d’attention à son égard et surtout pour son pays, que
l’on vient d’abandonner à la folie génocidaire. Lorsqu’il arrive à Nairobi, les
agents de la CIA lui présentent une série de documents dans lesquels on trouve
un rapport intitulé : Résultats de l’enquête sur l’assassinat des présidents
Cyprien Ntaryamira du Burundi et Juvénal Habyarimana du Rwanda, le 6 avril 1994.
[…]
Une chose est aujourd’hui sûre : ce rapport, venant d’une agence canadienne
dénommée ISTO (International Strategical and Tactical Organization) et
travaillant pour le compte de la CIA, est un faux. C’est un modèle du genre
comme savent en fabriquer les services de renseignements de tous les pays.
Quelques noms connus, un scénario invraisemblable, des événements et des dates
imaginaires, mêlés à une logique apparente. Juste ce qu’il faut pour laisser
croire à l’ancien Premier ministre rwandais qu’il détient un scoop. C’est ainsi
que la conviction de Jean Kambanda sera faite, que les Français ont préparé
l’attentat terroriste avec Kagame contre Juvénal Habyarimana. Il y a aussi, dans
les valises des agents de la CIA, un dossier politique qui affirme que seuls les
anciens pays colonisateurs sont responsables des conflits et de la dérive du
continent africain. Le dossier souligne que les Etats-Unis, qui n’ont jamais eu
de colonies sont seuls capables de sauver l’Afrique de l’abîme colonial. Il
conclut que le FPR, pas très apprécié de la population hutu, n’est pas la
solution ni à court, ni à moyen, et encore moins à long terme pour le Rwanda. En
conséquence, les Etats-Unis, qui ont des intérêts immédiats à défendre dans la
région, préfèrent nouer des liens profonds et rapides avec les Hutu, et
précisément avec le gouvernement intérimaire en exil. Le discours des agents de
la CIA, tissé sur mesure, est suffisamment éloquent pour persuader Jean Kambanda
d’envisager un voyage aux Etats-Unis.
La bombe qui sème la panique à l’ONU et au TPIR
Selon l’enquête de Charles ONANA - "Les Secrets du
Génocide Rwandais", enquête sur les mystères d'un président.
"Ce petit livre sent le soufre : son auteur, un jeune Camerounais qui préside
l’Organisation panafricaine des journalistes indépendants, a déjà fait l’objet
de deux plaintes en diffamation de la part du général Paul Kagame. L’actuel
président rwandais y est désigné comme le probable organisateur de l’attentat du
6 avril 1994 dans lequel le chef de l’Etat rwandais de l’époque, Juvénal
Habyarimanana, et le président du Burundi, Cyprien Ntariamira, ont été tués. Un
effroyable génocide s’en était suivi, faisant plus d’un demi-million de victimes,
en grande majorité tutsies. L’ouvrage, qui ne cache pas son parti pris, s’appuie
sur des rapports des services secrets rwandais, des documents confidentiels des
Nations unies et des correspondances officielles belges et françaises. Il
dénonce le « silence assourdissant » qui persiste, huit ans après, sur
les faits."
L’ONU n’a aucun fax du général Dallaire sur la planification du génocide
L’histoire commence le 10 janvier 1994 lorsque ce fameux Jean-Pierre rencontre
le colonel Luc Marchal, commandant belge du secteur Kigali, et lui raconte qu’il
est membre de la sécurité présidentielle d’Habyarimana, responsable de
l’entraînement des miliciens hutu et membre de l’état-major des FAR. C’est sur
la base de ces affirmations qu’il aurait été pris pour un informateur crédible
et digne de foi par le général Dallaire. C’est aussi après les confidences de
Jean-Pierre au colonel Marchal que le général Dallaire aurait acquis la
certitude que les Hutu avaient planifié depuis un moment un génocide contre les
Tutsi. A l’issue de cette rencontre, le général Dallaire aurait donc pris la
décision d’alerter les Nations Unies d’un plan des Hutu visant à éliminer
méthodiquement tous leurs compatriotes tutsi. Ce message de Dallaire est devenu
la preuve qu’évoquent tous les experts et les journalistes sur « la
planification du génocide ». Que disent donc les faits ? […]
En juin 2003, un avocat canadien, Me André Tremblay, commis à la défense d’un
officier rwandais réputé être un des cerveaux de la « planification du génocide
» dans le procès des militaires, veut retrouver l’original de ce fax. Il reçoit
une réponse étonnante de l’assistant du Secrétaire général de l’ONU, Ralph
Zacklin : « Nous avons mené une large recherche dans les archives de l’ONU pour
retrouver à la fois l’original du document qui avait été signé par le général
Dallaire et transmis de Kigali ainsi que l’original de la transmission qui avait
été reçu à New York. Nous regrettons de devoir vous informer que ni l’un ni
l’autre de ces documents originaux n’ont été retrouvés ».
Dallaire a-t-il donc réellement envoyé un fax sur « le plan d’extermination des
Tutsi » le 11 janvier 1994 à l’ONU ? […]
Après le départ de Jacques-Roger Booh Booh en juin 1994, son successeur, M.
Shaharyar Kahn, réagit aux vives attaques des autorités rwandaises qui accusent
l’ONU de n’avoir rien fait pour empêcher le génocide alors qu’elle avait été
alertée dès janvier 1994 par le fax du général Dallaire. […]. Voulant comprendre
ce qui s’est réellement passé, M. Kahn diligente donc une enquête interne et
demande la vérification de tous les télégrammes, fax, et autres correspondances
échangés entre Kigali et New York. Il veut savoir si le prétendu fax alarmant du
général Dallaire a été négligé. Il cherche surtout à savoir comment une
information aussi importante qu’une « planification de génocide » a pu échapper
à l’attention de tous les fonctionnaires de l’ONU. Il crée donc une commission
d’enquête composée de trois officiers supérieurs. Le 9 novembre 1995, une note
de l’un de ces officiers, le colonel J Fletcher, au représentant spécial du
Secrétaire général, détaille tous les câbles de Dallaire à l’ONU depuis décembre
1993 […]. Le 20 novembre 1995, M. Kahn rend à son tour son rapport, non
seulement sur le fax de Dallaire mais aussi sur la planification du génocide :
« Shaharyar Khan aux Nations Unies, New York
Objet : mises en gardes de la MINUAR contre le génocide
- Durant la récente conférence sur le
génocide, les officiels rwandais en arrivèrent une nouvelle fois à la
conclusion que les mises en garde du FPR sur un génocide planifié de longue
date par le précédent gouvernement avaient été, soit supprimées [par le
représentant spécial du Secrétaire général Booh Booh] soit négligées [au siège
des Nations Unies après les rapports du général Dallaire]. Les accusations
sont faites contre l’ONU, la MINUAR et les principales puissances notamment la
Belgique.
- J’ai nommé un comité constitué du colonel
Fletcher, de monsieur Tikoca qui était l’observateur militaire en chef et
présent au Rwanda durant la période et de Isel Rivero qui s’occupait du Rwanda
à partir du siège des Nations Unies à cette époque. Les conclusions de ce
comité sont jointes. Elles confirment le constat selon lequel il n’y a eu
aucune information ni indication d’un génocide planifié. Il y a eu, bien sûr,
des mises en garde contre des affrontements armés, de la violence et des
tueries pour des raisons ethniques.
- La note jointe avec les télégrammes vous
est envoyée pour des informations sur le climat politique ».
Ce document est une véritable bombe au sein
même de l’ONU. Tout le monde s’est assis sur ce rapport car l’on avait déjà
diffusé partout que la tragédie du Rwanda était un « génocide planifié » et
qu’un tribunal international était créé à cet effet.
Acculé dans la présentation de preuves sur la « planification du
génocide » et sur l’authenticité de son fax, le général Dallaire peine. Le TPIR
aussi. Huit jours après les conclusions de M. Kahn, le fameux fax de Dallaire
est mystérieusement introduit au département des opérations de maintien de la
paix alors dirigé par Kofi Annan. Il viendrait d’une obscure ONG britannique
dénommée Connaughton Camberley Surrey. Cette organisation aurait envoyé ce
document le 27 novembre 1995 à partir du numéro 0127625210 à 20h16. L’objectif
était probablement d’insérer le pseudo fax du 11 janvier 1994 dans les archives
des Nations Unies un an après les événements du Rwanda et de valider ainsi la
thèse d’un « génocide planifié ». L’administration onusienne va repérer ce fax
douteux. Une note d’un employé de l’ONU affirme : Ce câble n’a pas
été retrouvé dans les archives du département des opérations de maintien de la
paix. La présente copie a été introduite aux archives le 28 novembre 1995.
Docteur Tumba Tutu-De-Mukose