OPJDR IS A NON-PROFIT AND APOLITICAL ORGANIZATION. ITS MISSION IS TO PROMOTE THE RESPECT OF HUMAN RIGHTS, CULTURAL, EDUCATIONAL, AND ECONOMIC DEVELOPMENT IN RWANDA AND IN THE GREAT LAKES REGION OF AFRICA

 

 

 

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET L’INJUSTICE AU RWANDA                                                          Bruxelles, le 26 février 1999.
BP 2 - Molenbeek 4
1080 BRUXELLES  Tél/Fax:32.10/81.58.17
 
COURRIER RECOMMANDE AVEC ACCUSE DE RECEPTION
 
                                                Monsieur Jean-Luc DEHAENE, Premier Ministre,
                                                Monsieur Erik DERYCKE, Ministre des Affaires Etrangères,
                                                Monsieur Tony VAN PARIJS, Ministre de la Justice,
                                                Monsieur Luc VAN DEN BOSSCHE, Ministre de l’Intérieur,
                                                Monsieur Michel PONCELET, Ministre de la Défense,
                                                Monsieur Réginald MOREELS, Secrétaire d’Etat à la
                                                Coopération au développement,
                                                Monsieur Benoît DEJEMEPPE, Procureur du Roi
                                                près le Parquet de Bruxelles,
 
 
Monsieur le Premier Ministre,
Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire d’Etat,
Monsieur le Procureur du Roi,
 
Objet: RWANDA: Risques d’attentats contre des ressortissants rwandais par des commandos de la mort envoyés en Occident par les services du Général Paul KAGAME.
 
 
            Suite à notre courrier du 11 avril 1998, nous avons l’honneur de porter à votre connaissance la persistance de graves informations faisant état de l’envoi des commandos de la mort par le régime rwandais, aux fins de commettre des attentats en Occident, contre les personnes jugées trop critiques par ce régime.
 
            Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (*) a été alerté pour la première fois par un fax envoyé par feu l’ancien Ministre rwandais de l’Intérieur, Seth SENDASHONGA, en date du 23/8/1996, qui disait :
« Hier, j’ai été contacté au nom d’un jeune homme du nom de X (**) qui se dit originaire de la commune Muhazi, près de Rwamagana, en préfecture de Kibungo. Il serait le petit frère d’un certain (**) qui travaille à l’ONG Y (**) à Kigali. Il présente son histoire poignante comme suit: Alors qu’il suivait des études à l’UNR de Butare jusqu’en février 1996, il a été approché par des agents de la DMI (***) avec d’autres, qui avaient pour caractéristique commune d’avoir vécu au Rwanda avant 1994. Les ayant gardé dans le camp Kanombe pendant trois semaines, la DMI les a approchés après pour leur dire qu’ils devaient recevoir une mission importante à remplir pour le pays. On leur a dit que le pays avait des ennemis à l’étranger qui combattaient le régime sans merci et que le régime avait le devoir, en retour, de les combattre sans merci. On leur a dit qu’ils allaient recevoir une formation dans ce sens et qu’ils seraient envoyés dans des pays où ils bénéficieront de l’appui des ambassades du Rwanda et qu’il leur serait donné, au fur et à mesure, des missions à accomplir (...) ».
 
            Au même moment, le Centre recueillait plusieurs témoignages de ressortissants rwandais, réellement persécutés par le régime rwandais, relatifs à l’arrivée en Belgique de plusieurs jeunes militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR). Ces jeunes gens, caractérisés par le fait d’être des rescapés du génocide contre les Tutsi, se présentaient comme des demandeurs d’asile, inventant des récits stéréotypés en racontant qu’ils sont hutu (ou de père hutu et mère tutsi) persécutés par l’APR. Curieusement, plusieurs de ces jeunes militaires dont certains se prétendaient déserteurs de l’APR, se gardent de faire état de leur qualité de militaire au Commissariat aux Réfugiés, quittent le Rwanda avec un visa en bonne et due forme en passant par l’aéroport de Kigali sans être inquiété, et fréquentent l’Ambassade du Rwanda en Belgique!
 
            Le Centre a décidé de saisir les services de sécurité du Royaume de Belgique en août 1997, après avoir appris qu’un membre de l’APR, le Major Jack NZIZA (qui s’appelle en réalité Jackson NKURUNZIZA) était venu en Belgique fin juillet 1997 afin de superviser ces équipes de jeunes militaires en mission et lancer une campagne dans les médias visant à dénoncer la présence de « génocidaires » en Belgique.
Le Major Jackson NKURUNZIZA a été expulsé du Kenya alors qu’il travaillait pour l’Ambassade du Rwanda à Naïrobi et était soupçonné de mettre sur pied des commandos de la mort dans ce pays. Il est en outre connu sous le surnom de l’« EXTERMINATEUR » et est directement responsable de la mort de plusieurs milliers de réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre (voir.rapport Human Rights Watch/Africa, octobre 1997, « République Démocratique du Congo - Ce que KABILA dissumule: Massacres de civils et impunité au Congo », page 40). Il a été souvent cité comme un des responsables de l’assassinat des quatre évêques et plusieurs prêtres catholiques, tués par le Front Patriotique Rwandais le 5 juin 1994 à Gakurazo, près de Kabgayi en préfecture de Gitarama.
 
            Le mouvement d’installation de ces jeunes militaires n’a pas tari depuis 1996. Les informations récentes qui ont suscité la réaction de deux organisations politiques rwandaises, le Congrès Démocratique Africain et l’Union des Forces Démocratiques Rwandaises (voir leurs communiqués en annexes 2 et 3) semblent indiquer que le régime du Général Paul KAGAME serait décidé de passer à la phase d’exécution de son sinistre plan.
Des informations récentes faisaient état de l’arrivée en Belgique en date du 23 janvier 1999, par un vol en provenance de Naïrobi, de plusieurs membres des commandos de la mort rwandais, munis de documents de voyages belges et/ou délivrés en Belgique. Ces arrivées s’inscrivent dans le cadre du même plan de procéder à des assassinats en Belgique, mais aussi en France, Hollande, Suisse, Canada, Etats-Unis d’Amérique. Les malfaiteurs seraient censés disparaître une fois leurs forfaits accomplis.
 
            En outre, le témoignage recueilli auprès d’un militaire de l’APR réfugié en Belgique est suffisamment parlant (voir annexe 1). Il indique notamment que : « Le FPR a envoyé beaucoup de commandos en Belgique. Mais, il y en a d’autres qui ont fui par leur propre gré à cause du mécontentement existant à l’intérieur de l’armée. Mais pour la plupart de ceux qui sont au service du FPR sont payés par l’Ambassade en espèce. Il y en a d’autres qui sont venus en signe de récompense et dans le cadre de la démobilisation pour effectuer leurs études en Belgique. Mais le FPR dit qu’en cas de besoin, il peut rapatrier tout le monde. Cependant les opérations pourront se faire par le biais des arabes en Belgique. Il y en a d’autres qui sont en France, en Hollande. La personne qui est le plus visé est Faustin TWAGIRAMUNGU, en Belgique. Le circuit est long, le lieu de rencontre à Bruxelles c’est à Ixelles au Café I. et environnants.
A Liège, il y a aussi un point de rencontre, mais surtout le lieu d’achat et de passation des armes. Néanmoins, parmi les gens qui sont le plus à l’oeuvre, figure P.R. dont les numéros de téléphone sont ...(tél et fax) GSM ....
Figurez-vous qu’il y a des militaires à MATONGE qui assurent une sorte de service de sécurité dans les lieux de rencontre des opérateurs du FPR (...)
 
            Le Centre vous communique en annexe 6, et à titre confidentiel, une note d’information sur le cas d’un militaire de l’APR, arrivé en Europe sous couvert d’un statut d’étudiant, alors qu’il n’a fréquenté aucun établissement, ainsi que des pièces qui l’accompagnent et notamment un chèque de 19.000 DM émis par l’Ambassade du Rwanda à Bonn.
 
            Le Centre a des raisons de croire que ces menaces doivent être prises au sérieux, et espère qu’il ne faudra pas attendre qu’il y ait mort d’homme ou des enlèvements pour que les services compétents agissent de manière préventive.
Le Général KAGAME s’est illustré jusqu’à ce jour, par une extrême fidélité à ses projets meurtriers. Le Centre se permet d’attirer votre attention sur le fait que d’autres assassinats, enlèvements, tentatives d’assassinat et d’enlèvement se sont déjà produits dans d’autres pays (voir notre communiqué n°48/99 en annexe 5, et annexes 10 et suivants).
En outre, la récente nomination de Monsieur Jacques BIHOZAGARA au titre d’Ambassadeur du Rwanda auprès du Royaume de Belgique est plutôt inquiétante. (Voir notre lettre du 19 février 1999 en annexe 4). Cet homme, connu pour son extrémisme maladif, a, au cours d’une allocution publique à l’Ambassade du Rwanda à Bruxelles en date du 14 août 1998, invité l’assistance à agresser ceux que le régime appelle les « génocidaires ». Le terme désigne dans l’esprit des extrémistes, non seulement les personnes sur qui pèsent des charges sérieuses de participation au génocide de 1994, mais aussi tous ceux qui se montrent critiques envers le régime rwandais. Celui-ci constitue du reste, la dictature la plus sanglante et la plus meurtrière que le monde connaisse à nos jours.
 
Le Centre Vous demande en conséquence :
-  De mener des investigations sérieuses sur la présence de commandos terroristes de l’APR, et les raisons de cette présence;
- De signifier clairement aux autorités rwandaises que des actes criminels commandités par le régime rwandais, en particulier le service des renseignements militaires « DMI » fermement contrôlé par le Général KAGAME, ne peuvent être tolérés;
- De prendre les mesures visant à assurer la protection des personnes spécialement ciblées en Belgique, d’aviser les services de sécurité des autres pays concernés par d’éventuels attentats, et d’envisager avec les autres pays de l’espace SCHENGEN un renforcement des contrôles aux frontières;
- De traduire en justice, les responsables civils et militaires, ex-Forces Armées Rwandaises et membres de l’Armée Patriotique Rwandaise présents en Belgique, sur qui pèsent des charges sérieuses de participation aux crimes de génocide, crimes contre l’Humanité, crimes de guerre commis au Rwanda et dans l’ex-Zaïre, du 1er octobre 1990 à nos jours.
 
            Il est inadmissible que des criminels notoires, responsables de la mort de plus de deux millions de civils non armés, tués simplement parce qu’ils sont hutu, hécatombe qui se poursuit au Rwanda et dans l’Est du Congo, dans le silence complice de la Communauté internationale dont la Belgique est membre, se promènent en toute impunité sur le territoire belge et menacent ceux qui ont échappé à leur machine à tuer.
 
Nous Vous remercions d’avance pour toute l’attention que Vous accorderez à la présente, et Vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres, Monsieur le Secrétaire d’Etat, Monsieur le Procureur du Roi, à l’assurance de notre très haute considération.
 
            Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur.
 
 
 
 
Copie pour information à :
- Sa Majeste le Roi Albert II de Belgique
- Monsieur Koffi ANNAN, Secrétaire Général des Nations-Unies;
- Monsieur Pasteur BIZIMUNGU, Président de la République Rwandaise;
- Monsieur Paul KAGAME, Vice-Président de la République rwandaise, Ministre de la Défense et de la Souveraineté Nationale et Président du Front Patriotique Rwandais (FPR);
- Ambassades des Etats-Unis, du Canada, de France, d’Allemagne, de Hollande, d’Espagne, en Belgique et au Rwanda;
- Monsieur MANZI BAKURAMUTSA, Ambassadeur du Rwanda sortant, auprès du Royaume de Belgique;
- Monsieur José Maria GIL-ROBLES GIL-DELGADO, Président du Parlement Européen;
- Messieurs les Présidents du Sénat et de la Chambre;
- Madame Mary ROBINSON, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme;
- Monsieur le Rapporteur Spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU sur les exécutions sommaires et le Rapporteur sur les Disparitions forcées;
- Monsieur le Directeur de l’Office des étrangers à Bruxelles;
- Monsieur le Commissaire Général aux Réfugiés et Apatrides à Bruxelles;
- AMNESTY INTERNATIONAL;
- HUMAN RIGHTS WATCH;
- FEDERATION INTERNATIONALE DES LIGUES DES DROITS DE L’HOMME;
- LIGUE BELGE DES DROITS DE L’HOMME.
 
 
 
(*) : Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda est une organisation de défense des droits humains apolitique basée en Belgique. Ses membres sont des militants des droits humains de longue date. Certains ont travaillé au Rwanda au sein d’organisations locales et ont participé à l’enquête sur le génocide de 1994. Lorsqu’ils ont commencé à enquêter sur les crimes du régime rwandais actuel, ils ont subi des menaces et ont été contraints de s’exiler à l’étranger où ils poursuivent leur engagement en faveur des droits humains.
(**) : Les données susceptibles de permettre l’identification des personnes concernées ou de mettre en cause inutilement des tiers ont été volontairement escamotées.
(***): Directorate of Military Intelligence. Service des renseignements militaires rwandais, sous les ordres directs du Général Paul KAGAME, Ministre de la Défense, Vice-Président de la République et Président du Front Patriotique Rwandais (FPR).
 
 
 
A N N E X E S
 
1) Communiqués n° 45/99 du Centre de Lutte contre l’Impunité contenant le témoignage d’un ancien militaire de l’Armée Patriotique Rwandaise.
2) Communiqué du « Congrès Démocratique Africain »;
3) Communiqué de « l’Union des Froces Démocratiques Rwandaises »;
4) Lettre du Centre aux autorités belges, relative à la nomination de Monsieur Jacques BIHOZAGARA au titre d’Ambassadeur du Rwanda auprès du Royaume de Belgique;
5) Communiqué n° 48/99 du Centre ralatif à l’assassinat de M. MUSABE Pasteur au Cameroun
6) Note sur le cas d’un suspect du FPR en Europe;
7) Lettre de Monsieur Marcel GERIN aux autorités belges
8) Article extrait du journal kenyan « The People »: « KIGALI SENDS HIT SQUADS TO KENYA », 8-15/1/1997;
9) Article extrait du journal ougandais « The Monitor »: « Rwanda must respect Uganda’s borders », 18/2/1997, et « Yes, Kigali must shape up! » 04/03/1997.
10) Communiqué n° 37/98 du Centre, relatif à la tentative d’enlèvement de M. NDIKUMANA Vincent, secrétaire de M. Seth SENDASHONGA, assassiné à Naïrobi le 16/05/1998.
11) Communiqué n° 35/98 du Centre, relatif à l’assassinat de l’ancien Ministre de l’intérieur Seth SENDASHONGA, le 16 mai 1998.
12) Lettres du Centre aux autorités belges, 03/04/1998 et 11/04/1998 et annexes.