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CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET L’INJUSTICE AU RWANDA
BP 2 - Molenbeek  4                                                                                 Bruxelles, le 20 janvier 2001.
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COMMUNIQUE  n° 51/2001
 
Rwanda : Mort mystérieuse à Bruxelles de Madame Régine Mujawamariya, Sœur du Colonel Théoneste Bagosora, 22 mois après l’assassinat de son frère, Pasteur Musabe au Cameroun.
 
Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda a appris avec tristesse le décès de Madame Régine MUJAWAMARIYA, survenu à Bruxelles semble-t-il en date du 13 décembre 2000. Régine MUJAWAMARIYA était demandeuse d’asile en Belgique. Agée de 47 ans, elle était mère de trois enfants. Elle résidait avec ses deux filles de 16 et 17 ans dans la commune de Molenbeek à Bruxelles.
 
            Le 9 décembre 2000 en matinée, elle a quitté ses enfants vers 9 heures du matin pour se rendre chez une collègue de cours – elle suivait une formation d’infirmière – résidant dans la commune de Schaerbeek, chaussée d’Helmet, où elle était attendue pour 10 heures.
Ne la voyant pas venir, la camarade de cours tente à deux reprises de joindre la disparue sur le téléphone mobile, mais en vain. Vers 11 heures, Vérène, une autre amie de Régine lui a téléphoné sur le portable pour lui rappeler deux rendez-vous fixés l’après-midi avec d’autres compatriotes. Mais la voix qui répond au téléphone dit ne pas se souvenir du rendez-vous. Vers 17 heures, la camarade de cours, n’ayant reçu aucune nouvelle, décide d’appeler la fille de la disparue pour l’informer de ce que sa mère n’avait donné aucun signe. Les enfants contactent alors diverses personnes à la recherche de leur maman, mais sans résultat. Le dimanche 10 décembre 2000, ils signalent la disparition de leur mère à la police de Molenbeek.
 
            Le samedi 16 décembre 2000, Madame MUJAWAMARIYA est retrouvée morte au domicile d’un homme âgé de 77 ans, Monsieur René DELCORDE, situé dans la commune d’Ixelles, rue de Vergnies n°22 (M.René avait un téléphone fixe à la maison :02/649.10.61).
Le corps sans vie du vieil homme gît dans la salle de bain de l’appartement, tandis que celui de Régine est étendu habillé dans une autre pièce. L’autopsie des deux corps pratiquée le lundi 18 décembre 2000 a révélé qu’il s’agissait d’un « double décès accidentel par intoxication au monoxyde de carbone » causée par un chauffe-eau défectueux.
 
            Le Centre estime que des zones d’ombres entourent le décès de Madame MUJAWAMARIYA et que compte tenu des éléments propres à l’espèce, mais aussi de contexte, une enquête très approfondie s’impose.
D’après le rapport de l’autopsie, la mort de Régine MUJAWAMARIYA remonte au mercredi 13 décembre 2000, alors qu’elle avait disparu le samedi 9 décembre. L’enquête doit donc déterminer ce qui s’est passé entre le moment de sa disparition et le jour de son décès.
Les témoignages de tous ceux qui l’ont connue indiquent que cette mère de famille âgée de 47 ans n’aurait jamais laissé ses enfants mineurs d’âge sans nouvelles des jours durant, alors même qu’elle avait un téléphone portable de même que ses enfants. De plus, elle n’aurait pas manqué les rendez-vous qu’elle avait fixés pour l’après-midi de sa disparition. Rien à ce jour ne permet non plus d’expliquer la raison de sa présence dans l’appartement où son corps a été retrouvé, ni la date où elle y est entrée et dans quel état. De plus, il semble que le téléphone portable de Madame MUJAWAMARIYA ait été utilisé la veille de sa mort (mardi le 12 décembre). On ignore cependant par qui et vers quel destinataire. Enfin, le fils de Madme Régine MUJAWAMARIYA a reçu des menaces non voilées le jeudi 21 décembre 2000 via son téléphone portable selon lesquelles il serait le prochain sur la liste, soit en kinyarwanda : « Ni wowe utahiwe ». Plainte a été déposée à la police de Molenbeek.
 
            L’enquête doit établir si la mort de cette dame rwandaise est un acte de vengeance ou un acte d’intimidation ou de pression vis-à-vis de son frère le Colonel Théoneste BAGOSORA.
Madame Régine MUJAWAMARIYA est en effet la sœur du Colonel Théoneste BAGOSORA, accusé de génocide et détenu au Tribunal Pénal International sur le Rwanda.
 
            Son autre frère, Monsieur Pasteur MUSABE, ancien directeur général de la Banque Africaine Continentale du Rwanda (BACAR) a déjà été assassiné, dans la nuit du 14 au 15 février 1999, au Cameroun, par un commando de trois hommes qui l’attendait devant son domicile. On le disait sur le point de publier un livre sur les événements du Rwanda en avril 1994. Sa grande sœur, Madame Astérie NTIRIGAYA est emprisonnée à la prison centrale de Kigali (Rwanda) avec ses deux fils.
Le mari de Régine MUJAWAMARIYA, Monsieur Justin KABERA, ancien directeur du projet GBK-Gishwati au Rwanda, a été tué à MBANDAKA, au Congo Kinshasa, en mai 1997 par les soldats de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) lors de l’extermination massive des réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre, en 1996-1997.
 
            Par ailleurs, le Colonel BAGOSORA est cité par les tenants de la thèse des extrémistes hutu comme auteur de l’attentat qui a coûté la vie à l’ancien Président rwandais, le Général Juvénal HABYARIMANA, thèse reprise par le régime rwandais actuel et certains de ses partisans, comme l’administration américaine du Président CLINTON.
Cependant, les récentes révélations d’anciens membres du Front Patriotique Rwandais (FPR) désignent le Général Paul KAGAME, Président actuel du Rwanda, comme l’auteur de l’attentat contre l’avion présidentiel et tendent à le rendre co-responsable du génocide de 1994 et de crimes de guerre et contre l’humanité. Ces révélations ont amené une autre lecture des événements de 1994 et embarrassent le régime de Kigali et ses partisans.
 
            Le décès de Madame Régine MUJAWAMARIYA a plongé la communauté rwandaise exilée en Belgique en émoi et d’aucuns y voient la possible intervention de commandos de la mort au service du régime rwandais actuel.
 
            Le Centre n’a quant à lui cessé d’alerter le gouvernement belge et les services de sécurité sur l’implantation depuis 1996 de commandos de la mort, notamment en Belgique, France, Suisse, Canada et Etats-Unis, ayant pour mission de traquer et éliminer les opposants politiques, militants des droits humains, témoins des crimes de guerre, actes de génocide et crimes contre l’humanité imputables au Front Patriotique Rwandais (Voir Lettre du 26/02/99 au Premier Ministre, Ministre de la Justice, Ministre de l’Intérieur, Procureur du Roi près le Parquet de Bruxelles ; Communiqué n°45/99 contenant le témoignage d’un ancien militaire du FPR ; Communiqué n°48/99 relatif à l’assassinat de Pasteur MUSABE à Yaoundé ; Communiqué n°37/98 relatif à la tentative d’enlèvement de Monsieur Vincent Ndikumana, secrétaire de feu Seth Sendashonga; Communiqué n°35/98 relatif à l’assassinat de Seth SENDASHONGA, ancien Ministre rwandais de l’Intérieur tué à Naïrobi le 16/05/1998).
Selon des informations communiquées au Centre, des menaces ont été proférées également contre certains avocats qui défendent des accusés détenus à Arusha.
 
Le Centre attire, une fois de plus, l’attention de tous les pays qui accueillent des réfugiés rwandais, en particulier du gouvernement belge sur le risque que des assassinats visant tous ceux qui sont perçus par le régime rwandais comme des « ennemis ».
Le Centre demande une protection accrue des personnes spécialement visées, opposants déclarés, militants des droits humains, témoins des crimes du Front Patriotique Rwandais, etc…
Il demande aux autorités judiciaires belges de mener correctement l’enquête permettant d’éclaircir les circonstances qui entourent la mort de Madame Régine MUJAWAMARIYA, de déterminer s’il s’agit d’un assassinat, et dans l’affirmative, d’identifier et poursuivre en justice les auteurs.
 
Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur.