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Amnesty International
Rwanda
Janvier - décembre 2004
Les procès de personnes soupçonnées
d’avoir participé au génocide de 1994 se sont poursuivis, aussi bien devant
les instances judiciaires rwandaises que devant le Tribunal pénal
international pour le Rwanda, qui siège à Arusha (Tanzanie). Les tribunaux
rwandais ont mené à terme moins de 200 procès pour génocide; aucune exécution
n’a eu lieu. Environ 80000 personnes se trouvaient toujours en détention; la
plupart étaient soupçonnées d’avoir pris part au génocide. Des opposants
politiques, des personnes travaillant pour des journaux indépendants et des
membres de la société civile ont été victimes de manœuvres de harcèlement,
d’arrestations et de détentions illégales.
Contexte
Les relations entre le Rwanda et les pays voisins, le Burundi, l’Ouganda et la
République démocratique du Congo (RDC), sont demeurées tendues car le Rwanda
affirmait toujours avec force qu’il était en droit de poursuivre les membres de
groupes armés rwandais basés en RDC. Les Forces de défense rwandaises (FDR) se
sont déployées au Burundi le 22 avril. Elles recherchaient apparemment des
éléments de ces groupes. D’après certaines informations, des Burundais suivaient
un entraînement au Rwanda dans l’objectif de déstabiliser le régime de leur pays
(voir Burundi). À la fin du mois de novembre, l’Ouganda expulsait un diplomate
rwandais et le Rwanda un diplomate ougandais. Des représentants de l’État
ougandais ont affirmé qu’une personne qui appartenait à un groupe armé opérant
dans le nord de l’Ouganda, la People’s Redemption Army (PRA, Armée de
rédemption du peuple), avait suivi un entraînement au Rwanda (voir Ouganda). Le
2 décembre, les troupes ougandaises se sont heurtées à des soldats soupçonnés de
faire partie des FDR, qui traversaient le territoire ougandais pour se rendre
dans l’est de la RDC. Le Rwanda continuait d’apporter son soutien aux mouvements
armés hostiles au gouvernement de la RDC et installés dans l’est de ce pays (voir
République démocratique du Congo). Les relations entre le Rwanda et la RDC se
sont détériorées aux mois de juin, novembre et décembre lorsque le Rwanda a
menacé de redéployer ses troupes en RDC afin de neutraliser les groupes armés
rwandais qui y sévissaient. D’après de nombreuses informations, les FDR
effectuaient des opérations militaires en RDC.
Répression de l’opposition
politique
Cette année encore, le gouvernement a réduit au silence l’opposition politique
et les personnes qui se montraient critiques à l’égard des politiques
gouvernementales ou des représentants de l’État. Des membres du Mouvement
démocratique républicain (MDR, interdit) ont été arrêtés et placés en détention.
Il y a eu au moins une victime d’exécution extrajudiciaire parmi eux. Des
proches de certains membres ou sympathisants présumés du MDR se sont vu
confisquer leurs terres ou ont été privés d’aide sociale par les autorités
locales. Des hauts fonctionnaires ayant travaillé pour Faustin Twagiramungu au
cours de sa campagne en vue de l’élection présidentielle de 2003 ont été
interpellés et placés en détention illégale.
 | David Habimana et son frère ont été
arrêtés le 6 oc-tobre. Ils ont été détenus dans plusieurs postes de police
avant d’être conduits, le 21 octobre, dans les locaux du département des
renseignements militaires. Ils y ont été retenus de manière clandestine et
n’ont pas été présentés à un juge dans les délais impartis par la loi. David
Habimana avait joué un rôle important dans la campagne électorale de Faustin
Twagiramungu.
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Répression des organisations de
la société civile
À la suite de l’assassinat d’au moins quatre rescapés du génocide, entre avril
et novembre 2003, le Parlement rwandais a accepté, le 30 juin, les
recommandations formulées par une commission parlementaire créée afin d’enquêter
sur l’existence et la propagation d’une «idéologie du génocide». Le
rapport de la commission accusait plusieurs institutions, dont des
établissements religieux, des écoles, des organisations non gouvernementales (ONG)
nationales et internationales, d’avoir soutenu le génocide ou d’en avoir diffusé
les grands principes. Parmi les ONG citées figuraient des organisations d’aide
au développement rural, un groupement de personnes ayant survécu au conflit dans
le nord-ouest du pays en 1997 et en 1998, ainsi que l’une des rares
organisations de défense des droits humains crédibles en activité au Rwanda. Les
accusations portées contre ces mouvements et certains membres de leur personnel
étaient sans fondement et dissimulaient des motivations politiques. Ces
institutions collaboraient avec des populations considérées comme hostiles au
gouvernement ou, dans le cas de l’organisation de défense des droits humains,
tenaient l’État pour responsable des violations des libertés fondamentales
commises. En septembre, le gouvernement a officiellement reconnu l’existence du
rapport et a exhorté les autorités judiciaires à engager des poursuites.
Aucune des organisations mentionnées n’a été dissoute comme le recommandait
l’Assemblée nationale, mais leur capacité à collecter des fonds, à recruter du
personnel qualifié et à mener à bien leurs activités a été fortement ébranlée.
Certaines personnes citées dans le rapport de la commission ont été placées en
détention et beaucoup ont perdu leur emploi. Plusieurs d’entre elles ont cherché
asile à l’étranger.
En octobre, entre 14 et 17 personnes ont été interpellées après le renvoi par le
ministère de l’Éducation de 37 responsables d’établissement et enseignants et
l’exclusion temporaire de 27 élèves. Le gouvernement aurait forgé des preuves
contre certaines de ces personnes et des victimes présumées ont proféré de
fausses accusations contre d’autres.
Liberté de la presse
Cette année encore, des journalistes ont été en butte à des manœuvres
d’intimidation et de harcèlement pour avoir, dans leurs articles, critiqué la
politique du gouvernement ou fait état de délits commis par des représentants de
l’État. Au début de l’année, plusieurs journalistes ont été à maintes reprises
placés en détention et soumis à des interrogatoires. Trois d’entre eux se sont
exilés en mars, après avoir reçu des menaces de mort, et un autre a quitté le
pays en septembre, à la suite de mesures d’intimidation.
 | Charles Kabonero, rédacteur en chef
d’Umuseso, un journal indépendant, a comparu devant les tribunaux en
novembre pour «divisionnisme» et atteinte à la dignité d’une haute
autorité politique. Le tribunal de district l’a relaxé du chef de «divisionnisme»,
le condamnant à verser une amende symbolique d’un franc rwandais.
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Violations des droits humains dans
le cadre du système judiciaire
La plupart des textes de loi destinés à remédier aux atteintes aux droits
humains commises dans le cadre du système judiciaire ont été adoptés au cours du
premier semestre. Les résultats de cette réforme judiciaire demeuraient
incertains: les procès qui se sont déroulés durant la première moitié de l’année
ne respectaient pas les normes internationales en matière d’équité. Ils étaient
caractérisés par une présomption de culpabilité et par une baisse des exigences
en matière de preuves. L’ingérence du gouvernement dans les décisions
judiciaires représentait une menace constante.
 | En juin, Pasteur Bizimungu a été
condamné à une peine de quinze ans d’emprisonnement pour incitation à la
désobéissance civile, association de malfaiteurs et détournement de deniers
publics. Au cours des douze jours de son procès, les témoins à charge se sont
contredits et ont reconnu avoir fait de fausses déclarations sous la
contrainte. En réalité, le motif sous-jacent de ce procès était la création
d’un parti d’opposition par Pasteur Bizimungu, au mois de mai 2001.
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Procès pour génocide
Le 7 avril, des cérémonies ont été organisées pour marquer le dixième
anniversaire du génocide de 1994. Dans tout le pays, 80000 détenus attendaient,
dans des conditions déplorables, d’être jugés pour leur participation présumée à
ce crime. Quelque 500000 à 600000 autres Rwandais ont été mis en cause, en
grande partie par le biais des «aveux» faits par des détenus durant la phase de
l’instruction. Un appareil judiciaire réformé a été mis en place au milieu de
l’année 2004.
L’instauration à l’échelle nationale de 8140 tribunaux gacaca – système
de justice populaire conçu pour juger la plupart des personnes soupçonnées de
génocide – a été reportée à l’année 2005. Les procès qui devaient s’ouvrir
devant les 746 tribunaux gacaca relevant d’un projet pilote, lancé en
2002, ont également été repoussés. Ils n’avaient pas tous dépassé la phase de
l’instruction fin 2004.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda
Les procès de personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle majeur dans le génocide
se sont poursuivis devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (le
Tribunal); fin 2004, 63 personnes étaient en détention. On estimait que 14
personnes inculpées de crimes graves se trouvaient toujours en fuite.
Quatre procès concernant 18 accusés étaient toujours en cours. Quatre nouveaux
procès de sept personnes se sont ouverts dans l’année. Six jugements ont été
prononcés: deux accusés ont été remis en liberté conditionnelle, deux se sont vu
infliger de lourdes peines d’emprisonnement et deux autres ont été condamnés à
la réclusion à perpétuité.
Trois nouveaux suspects ont été arrêtés, aux Pays-Bas, en RDC et en Afrique du
Sud. Quarante autres ont été désignés comme devant faire l’objet d’une enquête.
Le Tribunal devait respecter l’échéance fixée par le Conseil de sécurité des
Nations unies, à savoir fin 2008 pour les procès en première instance et l’an
2010 pour les jugements en appel. Le procureur général du Tribunal a indiqué que
les 40 affaires qui n’avaient pas encore fait l’objet d’une enquête seraient
transférées à d’autres juridictions.
Au mois de janvier, les avocats de la défense se sont mis en grève durant deux
jours afin de protester contre les mesures de réduction budgétaire qui, d’après
eux, entamaient leur pouvoir de représentation de leurs clients. Le Tribunal a
affirmé répondre aux demandes de maîtrise des dépenses formulées par l’Assemblée
générale des Nations unies.
Violence sexuelle
Dix ans après le génocide de 1994, des centaines de milliers de Rwandaises
victimes de violences sexuelles attendaient toujours que la justice leur accorde
réparation. Près de 70 p. cent d’entre elles étaient devenues séropositives à la
suite d’un viol et n’avaient pas reçu de soins médicaux ni d’autres formes
d’aide. Les agressions sexuelles contre les femmes, les jeunes filles ou les
fillettes se poursuivaient. D’après les représentants de l’État, plus de 2000
affaires de défloration forcée et de viol en général ont été enregistrées en
2004; 80 p. cent des victimes étaient mineures.
Réfugiés
Quelque 60000 réfugiés rwandais se trouvaient toujours à l’étranger; ils
n’étaient pour la plupart pas certains de vouloir rentrer chez eux et vivaient
dans la crainte d’être renvoyés de force dans leur pays d’origine.
D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au cours
du premier semestre, 8457 réfugiés rwandais se trouvant dans des pays africains
ayant conclu des accords tripartites avec le Rwanda et le HCR ont été rapatriés.
Bien que les rapatriements volontaires soient vivement encouragés, peu de
Rwandais étaient candidats au retour. Le HCR a reporté jusqu’au milieu de
l’année 2006 sa décision sur l’application des «clauses de cessation»,
qui mettrait un terme à la protection internationale des réfugiés rwandais.
D’après les informations recueillies, des centaines de Rwandais rapatriés
avaient de nouveau fui à l’étranger pour y demander l’asile. Des jeunes gens
renvoyés au Rwanda auraient été contraints de suivre un entraînement militaire
avant d’être transférés dans l’est de la RDC pour y effectuer leur service
militaire.
En mars, en avril et en mai, des représentants de l’État, des membres des forces
de sécurité et des dirigeants du Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma
(RCD-Goma), qui bénéficie de l’appui du Rwanda, auraient pénétré dans des camps
du Rwanda abritant des réfugiés congolais dans le but de recruter des soldats
pour qu’ils combattent en RDC. Selon les informations reçues, des fonctionnaires
rwandais ont fait pression sur les réfugiés pour qu’ils s’engagent, en refusant
de leur fournir les documents leur permettant de conserver le statut de réfugié
et en les menaçant de la perte de la nationalité congolaise.
Visites d’Amnesty International
Une délégation d’Amnesty International s’est rendue au Rwanda au mois de janvier.
Un délégué de l’organisation a assisté, dans le courant du mois de mai, à la
réunion de l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’homme,
qui se déroulait dans la région des Grands Lacs.
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