Rwanda : Les meurtres menacent la justice pour le genocide
Les autorités doivent garantir qu’une
responsabilité complète et impartiale pour les meurtres récents est recherché
(New York, 22 janvier 2007) La police et
les autorités judiciaires rwandaises doivent garantir une application rapide et
efficace de la loi pour traiter les meurtres récents de participants au système
judiciaire pour le génocide connu sous le nom de gacaca, a déclaré Human Rights
Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
Les
meurtres de rescapés du génocide coûtent des vies humaines et sont une menace
pour l’exécution de la justice. La façon de traiter cette menace, c’est une
application rapide et efficace de la loi, et non des meurtres commis en
représailles.
Alison
Des Forges, conseillère principale pour l’Afrique à Human Rights Watch
Le rapport de 20 pages :
« Meurtres dans la partie est du Rwanda, » décrit de façon détaillée deux
incidents survenus fin novembre au cours desquels 13 personnes ont été tuées. Le
19 novembre, Frédéric Murasira, rescapé du génocide, a été tué au centre
commercial de Mugatwa dans l’est du Rwanda. Dans les heures qui ont suivi, des
habitants d’un village voisin où résident des rescapés du génocide ont tué huit
habitants de Mugatwa qui n’avaient apparemment joué aucun rôle dans le meurtre.
Au nombre des victimes se trouvaient des enfants de trois, six, huit et 13 ans,
ainsi que deux femmes et un homme de 70 ans. Un suspect s’est rendu à la police
et a été arrêté pour le meurtre de Murasira, et plusieurs autres personnes ont
été détenues pour les meurtres commis en représailles.
« Les meurtres de rescapés du génocide coûtent des vies humaines et sont une
menace pour l’exécution de la justice, » a déclaré Alison Des Forges,
conseillère principale pour l’Afrique à Human Rights Watch. « La façon de
traiter cette menace, c’est une application rapide et efficace de la loi, et non
des meurtres commis en représailles. Ceux-ci ont été rares dans le passé, mais
s’ils deviennent plus fréquents, ils pourraient encourager un nouveau cycle de
violence. »
Les juridictions gacaca, créées pour poursuivre les crimes commis au cours du
génocide de 1994, ont jugé des suspects dans tout le Rwanda depuis le mois de
juillet. Depuis lors, les groupes de rescapés ont lancé des avertissements à
propos des agressions contre des rescapés et des témoins.
Le suspect dans le meurtre du rescapé du génocide, après avoir été emprisonné
sur la base d’accusation de génocide, a été provisoirement relâché dans
l’attente de son procès devant une juridiction gacaca. L’oncle de la victime est
un juge gacaca qui se serait semble-t-il apprêté à faire de nouvelles
accusations contre le suspect.
Des autorités rwandaises ont dit que 16 rescapés du génocide avaient été tués en
2005 et sept en 2006. Mais les groupes de rescapés évaluent leur nombre à une
vingtaine par an au cours des dernières années.
Dans un second incident, un juge gacaca a été tué dans le district de Rwamagana
le 23 novembre. La police a rapidement arrêté trois suspects. L’un d’entre eux,
demi-frère de la victime, aurait tenté sans succès de convaincre le juge
assassiné d’abandonner les charges de génocide qui pesaient contre lui.
La police a tiré sur les trois suspects et les a tués le soir même de leur
arrestation. Selon les autorités de police, les policiers auraient agi en état
de légitime défense au cours d’une tentative de fuite avortée. Les indices
relevés sur les lieux et les déclarations des témoins font penser que les trois
hommes ont pu être victimes d’une exécution extrajudiciaire. Une enquête de
police sur ces morts qui a semble-t-il innocenté les policiers laisse un certain
nombre de questions non résolues.
« Une enquête efficace et indépendante sur ces morts des detenus est essentielle,
» a déclaré Des Forges. « Dans toute société, les morts survenues sous la garde
de représentants des forces d’ordre doivent être soumises à l’examen le plus
minutieux. Les policiers tout comme les citoyens doivent rendre compte des
crimes qu’ils auraient commis. »