Pays Bas, le
06.08.2005 (Daniel Kabuto)- Après sa victoire écrasante aux
sénatoriales vendredi, l'ex-rébellion hutue des Forces pour la défense de
la démocratie (FDD), sortie du maquis il y a moins de deux ans, est
assurée de contrôler tous les leviers politiques du Burundi, pays qui
tente de sortir de 12 ans de guerre civile.
Le Conseil national
pour la défense de la démocratie (CNND-FDD), la formation politique des
FDD, a décroché 30 des 34 sièges qui étaient en jeu vendredi.
"Les ex-rebelles
vont désormais avoir la haute main sur tous les leviers du pouvoir: la
présidence, l'Assemblée nationale, le Sénat, les collectivités locales.
Ils vont devoir gérer un pays alors qu'ils doivent tout apprendre",
souligne un diplomate en poste au Burundi qui a requis l'anonymat.
Le CNDD-FDD est en effet assuré de contrôler toutes les instances
politiques du Burundi. A l'issue des élections organisées depuis juin, il
a la majorité dans les conseils communaux, chez les maires, à l'Assemblée
nationale et au Sénat.
Et il va décrocher
la présidence le 19 août, car son chef, Pierre Nkurunziza, est le seul
candidat. Le chef de l'Etat est élu par les députés et sénateurs réunis en
Congrès.
"Les chantiers sont
immenses dans ce pays, et les FDD sont si jeunes, si inexpérimentés, un
grand nombre sans qualifications (...). Ca ne sera pas facile", estime le
diplomate.
Les ex-rebelles des
FDD participent au gouvernement depuis novembre 2003 seulement, depuis
qu'ils ont déposé les armes. Pierre Nkurunziza, 39 ans, "a fait des études
de sport, ne semble pas avoir une grande culture politique et n'a qu'une
courte expérience des affaires publiques", note le diplomate.
Depuis novembre 2003, M. Nkurunziza est ministre d'Etat chargé de la Bonne
gouvernance et de l'Inspection générale de l'Etat.
"Si les FDD ne
prennent pas conscience de leurs lacunes en terme d'expertise et de
compétences, s'ils n'associent pas les autres, la situation est porteuse
de beaucoup de dangers", prévient un analyste burundais, Willy Nindorera.
Autre problème de
taille: "les FDD arrivent au pouvoir au moment où l'économie est à terre,
avec des conflits sociaux en gestation qu'ils doivent affronter tout de
suite, une guerre civile qui n'est pas totalement terminée, beaucoup de
mécontents chez les vaincus hutus, et la minorité tutsie à rassurer
totalement", énumère M. Nindorera.
Après 12 ans de
guerre civile, le Burundi, classé troisième pays le plus pauvre du monde
par la Banque mondiale, est ruiné. Plus de 65% de la population vit en-dessous
du seuil de pauvreté.
La dernière
rébellion, sur les sept actives au plus fort de la guerre, opère désormais
dans 9 des 17 provinces du pays, contre une seule il y a deux mois, selon
la principale association burundaise de défense des droits de l'Homme (Iteka).
Quant à la minorité
tutsie, qui a dominé le pouvoir depuis l'indépendance du Burundi en 1962,
elle ne se sent pas vraiment menacée par l'arrivée des ex-rebelles hutus
aux affaires, selon les spécialistes.
"Le CNDD-FDD a
recruté beaucoup de Tutsis depuis qu'il a signé la paix, il promet un
gouvernement d'ouverture (...). Il a un discours rassurant", explique le
président du Centre d'étude et de résolution des conflits, Charles
Ndayiziga.
Mais le président du
principal parti tutsi, l'Union pour le progrès national (Uprona), Jean-Baptiste
Manwangari, reste prudent: "il faut voir le CNDD-FDD à l'oeuvre pour juger".
Il se réjouit
cependant que la nouvelle Constitution, adoptée en février et qui répartit
le pouvoir entre Hutus et Tutsis selon des quotas, mette "des garde-fous,
tels que la majorité des deux-tiers pour voter les lois à l'Assemblée
nationale". Une majorité que le CNDD-FDD ne détient pas.
BURUNDI - 30 juillet
2005 - par AFP :
Des expériences multidimensionnelles au service de la nation
Après les élections
sénatoriales, il ne reste aucun doute que le CNDD-FDD va conduire d’une
main de maître la prochaine législature pour son tout premier mandat de
cinq ans. Il s’agit bel et bien d’un contrat avec obligation de bons
résultats. Toute la nation burundaise souhaite que l’histoire du Burundi
ne recule plus, tellement les coeurs ont été tant marqués par les
tragédies monstrueuses organisées ou défendues bec et ongles, depuis
l’indépendance de 1962 jusqu’au plus récent coup d’Etat du Major Pierre
Buyoya, par les intellectuels et médias irresponsables. Ainsi la nation
n’a jamais pu faire le deuil des familles massacrées au compte-gouttes
d’abord, en masse ensuite, le deuil du jeune roi Charles Ndizeye, faire la
lumière sur le martyre du président Melchior Ndadaye, des hécatombes
organisées dans les écoles secondaires et supérieures du Burundi, sur les
collines et sur les lieux du travail. Le résultat des précédents régimes
militaires est vraiment à ne jamais minimiser: la majorité des Burundais
ont et perdu et cela à la fleur de l’âge, un parent sinon tous, un
étudiant brillant, un militaire très consciencieux, un haut cadre de
l’administration, parfois un docteur ingénieur, un enfant médecin ou
économiste et fin de citations. L’exil et les humiliations ont rongé bien
des coeurs et la diaspora burundaise n’a fait que s’agrandir au prorata
des crises.
Les éternels
sorciers blancs et apprentis guérisseurs des situations burundaises, plus
par mauvaise foi que par souci de fournir quelque solution magique,
jettent encore de minables pavés dans la mare burundaise. Le ridicule ne
tue jamais. Sont-ils manipulés ou cherchent-ils à rouler dans la farine
quelques Nègres crédules et dépersonnalisés par la colonisation et le
néocolonialisme ? Et pourtant, « vous pouvez manipuler un peuple tout
entier un jour, des années, mais jamais pour toujours», disait un homme
d’Etat américain. Jusqu’à quand donc les médias occidentaux abuseront-ils
de leur puissance matérielle ou du moins nuiront-ils à la nature
nationaliste du peuple burundais avec ces épithètes tout trouvées de
rébellions Hutues, de minorite Tutsie, d’incompétence noire et défaut
intrinsèque de qualités d’homme d’Etat comme du temps de Patrice Emery
Lumumba où les Belges mais hommes d’Etat congolais allaient finir par «
demander l’accord du Juif pour recevoir Satan »? La suite, consultez
calmement Ludo de Witte, L’assassinat de Lumumba, Paris, Editions Karthala,
1999.
Les élites
du CNDD-FDD ont été à l’école de la philosophie de l’action
Fidèle à son
pragmatisme encore payant, le CNDD-FDD préfère pour le moment jouer la
carte de la diplomatie souterraine et régionale. Il laisse les médias
alimentaires ou lunatiques de l’Occident réputé pour ses euphémismes et
pratiques racistes amuser la galerie. C’est qu’il faut plutôt s’atteler à
démanteler les réseaux mafieux qui ont, pour des décennies, pris le peuple
burundais en otage et sont impunément parvenus à inoculer le virus
ethnique et la culture du mensonge dans les coeurs de bien des Burundais
grâce à la complicité de pseudo-élites issues des mêmes mille collines
nationales. Les donneurs de leçons de l’Occident qui savent, comme
l’écrivait Cheikh Hamidou Kane dans son Aventure ambiguë vaincre et
convaincre sans avoir raison, n’ont aucun autre but que celui d’entamer le
moral d’un peuple déterminé à s’affranchir du joug dictatorial et de la
misère scandaleuse. L’accent doit donc être mis sur les réformes à initier
et la contribution que tout Burundais doit apporter dans cette édification
d’un Etat crédible et d’une nation laborieuse. Au-de là de cette logique
socratique version « je pense, donc je suis », nous visons utilement la
logique des idées génératrices d’emplois ou d’investissements. Il échoit
d’ores et déjà au peuple burundais de penser sérieusement son avenir pour
mieux panser ses plaies combien profondes et nauséabondes. Sur le banc de
l’école et surtout au tableau souvent noir, n’avons-nous pas appris des
signes, des formules, des théorèmes, des techniques, des figures de style
et les parties du discours ? La lutte pour la défense et la restauration
de la démocratie nous a été pourtant dictée par un sentiment noble:
l’amour de la patrie. Il est à la base de toutes les réalisations
grandioses que le monde entier connaisse.
Les leçons
tirées de la lutte politico-militaire
L’article de l’AFP
récupéré par Jeune Afrique l’Intelligent ne méritait que mépris. Cependant,
il convient de faire bon usage de cet adage qui dit qu’ « à quelque chose
malheur est bon », et inviter les lecteurs à réfléchir sur les véritables
enjeux de la démocratie burundaise et à la vocation nationaliste des
élites burundaises. Nous partons de cette conviction que la victoire
estampillée CNDD-FDD reste celle du peuple burundais contre les ennemis de
la démocratie qui avaient osé, dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993,
décapiter les institutions issues de la volonté populaire. Une fois que
les forces armées burundaises commandées par le colonel Jean Bikomagu
étaient entrées en rébellion contre la démocratie, le peuple n’a eu
d’autre recours que celui de contraindre ces militaires fous de grandeurs,
ivres de privilèges et pourtant assoiffés de sang humain, à revenir à la
raison, par les armes et la précision n’est point emphatique. Longue et
très éprouvante a été cette lutte populaire.
Point n’est
nullement besoin de rappeler que cette lutte a été menée au moment où les
médias occidentaux se contentaient de faire de ces souffrances et
injustices inouïes du peuple burundais, toutes ethnies confondues, de
simples points d’actualités et parfois, en versant des larmes de
crocodiles pour les victimes innocentes de ce qu’ils qualifiaient de
barbaries interethniques. C’est quand même grâce à ces points d’actualités
que certaines opérations humanitaires ont été menées au Burundi et dans
les camps où les réfugiés mouraient comme des mouches, à la face du monde.
Bien des Burundais ont été d’ailleurs pris au piège des reportages et des
analyses de ces journalistes et spécialistes autoproclamés de l’Afrique
des Grands Lacs en général ou du Burundi en particulier. C’est que les
sorciers blancs ou charlatans noirs sont comme des Renards du fabuliste
français Jean de la Fontaine: ils préfèrent porter des cravates, flatter
et vivre au dépens de ceux qui les écoutent! Celui qui n’apprend rien par
l’expérience vécue n’est qu’un imbécile, disait un quidam.
De la guerre, des
indifférences mondiales et des survies dans les camp de déplacés, les
camps de concentration, les camps de réfugiés et les centres d’accueil
d’Europe, bien des Burundais ont acquis des expériences
multidimensionnelles. Comme Nelson Mandela à la sortie de sa célèbre
cellule, ils prônent la dignité et la justice pour tous. Leur bagage
intellectuel viendra du reste leur faciliter la perception des casses-tête
de la fonction publique, de la courtoisie internationale et de la gestion
rationnelle et durable de l’environnement et des ressources naturelles du
pays. La guerre a été trop sanglante, les traumatismes sont volcaniques,
les enfants issus de viols méritent plus d’encadrement comme leurs mères
d’ailleurs. Voilà donc des sujets qui devraient intéresser la presse
occidentale pour provoquer des montagnes d’aides à l’instar de celles en
faveur des récents tsunamis d’Asie du Sud.
D’autre part, la
pratique judiciaire de droit romain recommande d’accorder au prévenu la
présomption d’innocence et dans le doute, d’acquitter l’intimé. Le
CNDD-FDD ne doit-il point jouir du droit régalien de préparer
tranquillement et librement la formation de son gouvernement, à l’abri des
paparazzis de la presse occidentale et des provocations sensationnelles ?
Le peuple burundais garde désormais un espoir solide et sait ignorer les
miroirs aux alouettes. Ces médias français ne vont-ils pas finir par se
retrouver dans cette même désullion qu’un gros pet qui ne peut jamais
déchirer un pantalon?
Des
dirigeants formés à l’école du maquis et de la vie dure
Qui est monsieur
Pierre Nkurunziza ? Est-il compétent et apte à supporter les lourdes
charges de chef d’Etat ? La sagesse recommande de ne juger un homme d’Etat
que par ses actes et discours de politique générale. Quant à fournir le
curriculum vitae et le credo du nouvel homme fort de la République
burundaise, la tâche incombe aux organes de presse du Parti. Il va sans
dire que la pratique éléctorale permet aux électeurs d’être informés des
aptitudes physiques et morales des candidats. On ne vous ferait pas
l’injure de préciser que les membres de la CENI, ceux de l’assemblée
nationale, du sénat et par ricochet, le peuple burundais, seront en temps
utiles, informés de la personnalité du prochain magistrat suprême ! Qui
plus, nul ne peut être élu président de la République en violation de la
loi fondamentale et des lois organiques qui posent des conditions et des
modalités. L’homme choisi par le parti politique ayant gagné la confiance
du peuple se veut rassembleur. On le jugera, lui et son équipe
gouvernementale, sur le programme présenté et les bilans au terme du
mandat sans prolongations négociables à Arusha, Kampala ou Nairobi.
Mais alors, que dire
de cette caricature de l’AFP comme quoi un professeur de sports est ipso
facto incompétent pour assumer de hautes fonctions étatiques ? Que dire de
cette caricature qui rend le ministre d’Etat Pierre Nkurunziza vachement
inexpérimenté au seul regard de son parcours de combattant de la dignité
nationale, pour ne pas dire de sa personnalité en tant que dirigeant non
issu de la mangeoire républicaine n’ayant par le passé sollicité que
l’unique bénédiction occidentale pour imposer une dictature et une
corruption atroces ?
Les Burundais savent
qu’on ne peut jamais entrer à l’université du Burundi sans avoir terminé,
et cela avec fruit, les études secondaires. Certaines orientations de
l’enseignement secondaire n’offrent d’ailleurs aucun accès à
l’enseignement supérieur. Les exemples sont ici multiples. Ceux qui ont la
chance d’évoluer dans des universités ou grandes écoles de l’Europe ou de
l’Amérique du Nord se rendent encore compte de la richesse que nous tirons
de l’enseignement secondaire encore classique du Burundi : cet
enseignement, qui doit sans doute être réformé, offre à l’élève burundais
une très grande culture générale en tant que futur demandeur d’emploi dans
le secteur public ou privé. Le culte du diplôme a malheureusement bon dos
et comme celui de la personnalité, il est anachronique.
Une fois à
l’université, quelle que soit l’orientation que l’étudiant burundais ait
choisie, des matières à cent lieues de son domaine d’intervention
professionnelle viennent alourdir cette formation. Sans aller jusqu’à
vouloir affirmer qu’un professeur d’éducation physique et sportive dispose
du même bagage intellectuel qu’un ingénieur pouvant aller jusqu’à brandir
à tout bout de champ quelque tournevis, tous deux ayant séjourné ou pas au
campus de Kiriri ou de Mutanga, on ne manquerait point de préciser ici que
la formation dans une université ou un institut d’enseignement supérieur
vise partout à produire un homme ouvert à la marche du monde: l’université
au service de l’universalité. Le débat reste donc ouvert.
Petite illustration
typiquement burundaise par contre, lors de la pratique du bizutage en 1995
au campus de Mutanga Nord, les nouveaux étudiants qui avaient regagné le
Burundi en provenance du Rwanda après les élections de juin 1993 ont été
traités avec bienveillance pour la bonne raison qu’un « poil » respecte
son confrère! Et ces journalistes et analystes de l’AFP ont-ils jamais eu
le sens du respect d’autres universitaires?
Sous un autre angle,
tout burundais ayant souffert des années des régimes fascistes et du
ventriotisme des dignitaires du Frodebu sait très bien que la lutte du
CNDD-FDD a été minutieusement organisée jusqu’à la victoire démocratique
incontestable. De la lutte armée à la compétition électorale, il a fallu
beaucoup d’audace, de discrétion, de résistance aux provocations et aux
manigances des adversaires et de certaines chancelleries occidentales
hostiles au retour de la légalité populaire au Burundi. Aux polémiques et
diffamations malveillantes, les dirigeants du CNDD-FDD ont opposé les
actions : la sensibilisation du peuple aux enjeux électoraux et aux
propriétés magiques du bulletin de vote. Leur engagement patriotique ne
les avait-il pas poussés à rénoncer à certaines hautes fonctions
politiques ou emplois publics pour mener une lutte acharnée contre le
tribalisme et le gangstérisme d’Etat ? Combattants aguerris de la dignité
nationale, ils ont bouché les oreilles aux sirènes de la compromission
politique et de l’enrichissement facile. Ils se sont rapprochés du peuple,
ont fondé leur discours sur la fin de l’Etat voyou et des escadrons de la
mort. Certes, il n’y a pas de rose sans épines : des dérapages et des
morts d’hommes sont à déplorer mais la stratégie nationaliste a été
payante : Hutus, Tutsis et Twas n’ont remercié que le Frodebu, l’Uprona.
Les dissidences ou des réglements de comptes au sein des partis perdants
restent à redouter. Les partis politiques éconduits se cherchent désormais
des boucs-émissaires ou cherchent désespérémment à semer les zizanies au
sein du CNDD-FDD comme certains animateurs de site Internet qui
s’ingénient à accréditer les hypothèses fallacieuses de luttes de
leadership entre messieurs Hussein Radjabu et Jean Marie Ngendahayo. Fort
heureusement ces hérauts d’une autre époque qui ont érigé domicile sur le
site de burundirealite.org ne servent qu’à illustrer cet adage français: «
les chiens aboient, la caravane passe! » La défaite, dit-on, est orpheline
tandis que la paternité de la victoire est revendiquée collectivement,
tambour battant.
De tout, le peuple
burundais tire des leçons et s’assagit. Le CNDD-FDD prend acte de toutes
les tractations au sein des partis politiques et de la société civile à
jamais politisée, et reste indifférent aux voyances trop audacieuses qui
donnent déjà les noms des futurs membres des bureaux de l’assemblée
nationale, du sénat voire même du gouvernement. Très préoccupé par la fin
totale de la guerre, le parti vainqueur des élections s’indignent plutôt
de l’attitude irresponsable des dirigeants du dernier mouvement armé, les
FNL Palipehutu, qui ne savent toujours pas formuler clairement leurs
revendications et encore moins respecter la parole donnée. Les Burundais
payent encore un lourd tribut à la barbarie des Fnl Palipehutu. Il est
grand temps que ces combattants égarés et dangereux sortent de leur cercle
vicieux.
Le contexte
ne confine personne à la sinécure
Au sein du CNDD-FDD
se retrouvent désormais des hommes et des femmes hier otages des régimes
nombrilistes. Ces Burundais veulent plus que jamais bâtir un Etat de droit
où la dignité humaine ait un sens et une reconnaissance. C’est parmi tous
ces fils et filles de la République que seront choisis les prochains
ministres, hauts cadres des administrations centrales, ambassadeurs et
attachés militaires. Un parti politique n’étant qu’une association au sein
de laquelle se retrouvent des gens qui adhèrent aux mêmes statuts ou du
moins sont d’accord sur l’essentiel des principes d’orientation de la
société et de la gestion du pouvoir, il s’avère plus que regrettable de
voir quelque spécialiste en résolution de conflits, pour ne pas nommer
Charles Ndayiziga, utiliser le terme « recruter » sur cette lancée. Il
aurait été plus objectif et plus pertinent en parlant d’adhésions, du
moins de sympathisans! Toujours est-il que même dans la logique des
campagnes électorales et de propagandes, aucun parti politique ne recrute
: ils s’efforcent de séduire parfois par des moyens peu catholiques, de
convaincre les citoyens mais ces derniers apprécient librement
l’opportunité d’adhérer à telle ou telle autre formation politique. Depuis
le jour où feu Nicolas Mayugi a dit que la place du parti, qui est
bizarrement la même que celle du secret du vote démocratique, est dans le
coeur du citoyen, les pronostics des Occidentaux ont perdu toute
pertinence dans les arcanes burundais. Prière de consulter le Major Pierre
Buyoya pour d’amples précisions sur ce genre de surprises désagréables.
N’oubliez pas de lui dire vos autres vérités sur la fin des fascismes en
Europe!
Quant aux
recrutements à venir, le principe de l’égalité des citoyens devant les
charges publiques voudrait que soient priviligiés les talents et les
compétences. L’égalité de sexe n’est pas encore une réalité dans un pays
où une constitution consacre des quotas ethniques et un pourcentage de 30
% de tout à la gent féminine. Cet aspect illustre encore une foi les
contradictions et les imperfections d’une constitution issue de
négociations entre bélligérants et protagonistes politiques peu soucieux
de l’unité nationale. Le peuple l’a très bien compris et son verdict a été
sans équivoque ni appel. Quoi que transitoire, la constitution adoptée par
referendum s’impose à tout Burundais. Aussi imparfaite qu’elle puisse être,
elle mérite tout le respect dû aux lois fondamentales des Etats aussi
longtemps qu’elle n’est pas révisée dans le respect des formes et des
procédures. Nous sommes désormais, faut-il le rappeler, dans une logique
de changement démocratique et non de putsch militaire où la succession
d’Etat pose souvent des problèmes quant à la reconnaissance et la
légitimité internationales.
Le CNDD-FDD a
annoncé la couleur dans la composition de l’Assemblée nationale et du
Sénat. Les bureaux de ces institutions de la République respecteront cette
volonté de changement, cette quête d’efficacité et de résultats au service
de l’intérêt général. Encore une fois, les dinosaures vont tomber! Et les
nouveaux dirigeants formés à l’école de la souffrance, du maquis, ces
déshérités tant écoeurés par l’opulence des gérants irresponsables de la
chose publique et les indignations hypocrites des puissances occidentales,
ils vont faire valoir leur maîtrise des épineux dossiers de la
réconciliation et de la reconstruction de la nation burundaise. Ils n’ont
pas le droit d’échouer et encore moins de s’endormir des lauriers.
La coopération
internationale sera sans doute mise à profit et cela dans une nouvelle
dynamique qui privilégie des partenariats stratégiques par rapport aux
besoins réels des populations des mille collines burundaises. Les conseils
de collines, les conseils communaux, les députés et les sénateurs élus ou
cooptés devront obligatoirement faciliter la réalisation de cette
politique de proximité et de redressement tous azimuts.
Le Burundi est
devenu le troisième pays le plus pauvre de la planète. Il a également le
malheur de se trouver dans une région poudrière où les ambitions
hégémoniques et mercantiles provoquent des violations massives de droits
de l’homme. Les années de guerre et de transition ont tué le pouvoir
d’achat de la majorité des Burundais. L’économie est à plat ventre.
Paradoxalament, ceux qui ont passé leur temps à martyriser le peuple sous
divers titres honorifiques s’octroient des indemnités dites de départ en
retraite! Anciens présidents de la République issus de coups d’Etat et
d’arrangements partisans, anciens députés issus ou non de la volonté
populaire, tous ces pillards des deniers publics, des aides et des crédits
internationaux réclament sans vergogne que des sommes faramineuses leur
soient versées pour leur garantir une retraite dorée au milieu de
compatriotes incapables de se payer une cure contre la malaria, des mères
emprisonnées au sein des maternités et des morts retenus à la morgue. Les
dirigeants du CNDD-FDD montent au créneau pour dénoncer ce cynisme et les
médias occidentaux jasent, comme des vautours autour d’une charogne, sur
de soi-disant manques d’expériences. Ils cherchent probablement à
détourner encore une fois l’attention de l’opinion internationale et
croient pouvoir faire avaler les couleuvres aux pauvres hères du Burundi!
Le Burundi ne doit-il pas tenir compte de ses difficultés économiques
avant de garantir des retraites dorées aux dirigeants et parlementaires
aux bilans très discutables, pour ne pas dire sanctionnés sèchement par le
peuple, détenteur de la souveraineté nationale? Il faut retrousser les
manches car tout Burundais épris de dignité nationale et de justice
sociale a dorénavant du pain sur la planche. Il n’y a que des Ponce Pilate
pour s’en laver les mains !
L’engagement
patriotique et la quête des exploits historiques
Au Burundi, l’heure
n’est point aux querelles de poulaillers ni de rédactions médiatiques,
mais plutôt au changement de mentalités et de stratégies. Le peuple
burundais ne croise point les doigts en attendant avec impatience que les
nouvelles autorités issues du séisme électoral soient investies. Le
chantier est immense, il faut l’attaquer sans tarder. Pour le moment, le
travail est souterrain, car les fondations doivent être bien posées pour
cette nouvelle guerre contre le clientélisme, la corruption des moeurs et
les forfaitures, le chômage, le désespoir, l’exil et la mendicité.
Les nouveaux
administrateurs communaux viennent d’être nommés. Les chambres haute et
basse du parlement burundais vont élire leur bureau. Le nouveau président
de la République va être élu et investi. Il a une bonne maîtrise du
terrain burundais et de la misère de la masse paysanne des mille collines
burundaises. Monsieur Pierre Nkurunziza reste humble et vigilant: ceux qui
le côtoient régulièrement confient qu’il sait écouter et surtout, faire
passer les actes avant les discours. Si ses conseillers et futurs
collaborateurs gardent le cap sur ses ambitions nationalistes et la
panacée de la Bonne Gouvernance, il n’y a aucun doute que le Burundi
réserve d’autres surprises agréables aux sorciers blancs et à leurs séides
burundais qui sauront bientôt changer de couleur et de discours comme des
caméléons! Accepter le changement ne revient-il pas à être prêt à
reconnaître des remises en cause de idées reçues et des pratiques
grotesques? Il faudra sans nul doute que le CNDD-FDD crée un nouveau
contexte de confiance, d’ambitions, d’aventures, de relance et d’exploits
mémorables.
Les architectes et
leurs maquettes des futures capitales économiques et politiques du
Burundi, les maçons, les éducateurs et instructeurs en domaines très
variés, les investisseurs nationaux et étrangers, les libres penseurs et
les chercheurs : le CNDD-FDD doit savoir tirer profit de toutes les
ressources humaines et matérielles présentes ou à rapatrier le cas échéant
sur le territoire burundais. Les technologies modernes permettent
d’ailleurs de réduire les coûts de certaines recherches, des
communications et de mesurer l’écart creusé par d’autres peuples au moment
où les Burundais se ruinaient follement dans l’achat des armes à feu et de
l’alcool.
Toutefois, une
question de curiosité plus ou moins brûlante nous conduirait à demander à
ces journalistes de l’AFP de nous parler du parcours académique du Général
De Gaulle, ou du moins de celui du président américain, le regretté Ronald
Reagan ! Y-a-il encore à redire sur leurs qualités d’hommes d’Etat? A
moins que le jugement épidermique ne soit plus pertinent que les services
rendus aux nations!
Armé de son amour
des gens, de la crainte de Dieu et muni de sa qualification académique de
professeur de sports, comme feu Renald Reagan issu, tenez-vous bien, de la
jungle cinématographique de Hollywood, le nouvel homme fort de Bujumbura a
la mission de tirer le pays du gouffre économique pour le placer sur de
nouveaux rails. Il s’agit d’une mission qui interpelle tout Burundais et
le concours de la communauté internationale. Cette dernière a un grand
rôle à jouer surtout dans la gestion des dossiers sensibles de lutte
contre l’impunité et les crimes de génocides, le rapatriement et la
réinstallation des réfugiés et le retrait des armes à feu disséminées
parmi les populations civiles. Ici, les expertises internationales seront
nécessairement mises à profit : les vendeurs d’armes de guerre demeurent
ainsi incontournables dans la recherche des solutions pacifiques et
définitives aux conflits du tiers monde!
Conclusion :
Les médias d’Europe et d’Amérique du Nord s’illustrent souvent par des
articles et des analyses libres et irréfléchis. Ils jouissent hélas d’un
grand auditoire ou lectorat, et la raison du plus fort étant encore la
meilleure, leur impact néfaste sur les affaires du tiers monde n’est plus
à démontrer. Les temps changent, la Chine se réveille et le monde
occidental tremble. Il convient de ne déclarer la guerre qu’à l’ignorance
et à la naïveté.
On ne manquerait
point d’encourager les agences de presse européennes à mieux célébrer
leurs messes médiatiques non pas seulement en évitant de dénigrer
méchamment les choix des peuples d’Afrique, mais surtout en mettant plus
d’eau dans le vin que leur servent leurs acolytes prompts à accomplir de
sales besognes. Une main et une oreille fraternelles leur sont tendues,
également de la part du CNDD-FDD, parti sorti vainqueur des élections
libres et démocratiques : coopération internationale et interdépendance
obligent.
Pays-Bas, 06 août
2005
Daniel Kabuto, écrivain burundais